Rentabilité d'un artisan en micro-entreprise : le calcul complet
Un client accepte votre devis pour la pose d'une salle de bain : 3 000 €. Un beau chèque. Pourtant, une fois les fournitures, le temps passé, les frais et les cotisations déduits, il vous reste environ 100 €. Pas 3 000. Pas 1 500. Cent euros. Voici le calcul complet, poste par poste — et comment reprendre le contrôle sur vos prix.
La décomposition du chantier à 3 000 €
| Prix de vente (devis accepté) | 3 000 € |
| Fournitures (sanitaire, carrelage, colle…) | − 1 100 € |
| Main d'œuvre (votre temps, valorisé) | − 900 € |
| Frais généraux (camionnette, assurance, téléphone, essence…) | − 200 € |
| Cotisations sociales | − 700 € |
| Bénéfice | + 100 € |
Pourquoi les artisans se font piéger par le "gros devis"
Le piège est psychologique : un devis à 3 000 € ressent comme 3 000 € de revenu. La réalité comptable est tout autre. Trois charges mangent le chèque avant vous :
- Les fournitures d'abord : 1 100 € ici, soit plus d'un tiers du devis. Elles se paient souvent avant d'être encaissées — c'est votre trésorerie qui avance ;
- Les cotisations ensuite : en micro-entreprise, elles se calculent en pourcentage direct du chiffre d'affaires encaissé — environ 21,2 % pour une activité artisanale de prestation (taux 2026, hors variations selon votre situation). Sur 3 000 € : environ 700 € partent vers l'Urssaf, même si le chantier ne vous laisse presque rien ;
- Votre temps, enfin : le devis, les allers-retours fournisseur, le chantier, le SAV. Si vous ne le valorisez pas dans le prix, personne ne le fera pour vous.
Cotisations : provisionner au fil du chantier, pas à la fin
Le principe de la micro-entreprise est simple : on cotise sur ce qu'on encaisse, pas sur ce qu'on gagne. Sur ce chantier, environ 700 € de cotisations sont dues dès l'encaissement des 3 000 €. L'erreur classique — garder les 3 000 € sur le compte, se dire « je verrai en janvier » — se paie au moment de la déclaration : l'argent a déjà servi à autre chose. La bonne pratique : mettre de côté le pourcentage de cotisations à chaque encaissement, comme une TVA personnelle. Le chantier paie alors 2 300 € de charges et salaires — et vous savez exactement ce qu'il vous reste.
Le taux horaire réel : l'indicateur qui corrige vos devis
Prenons le chantier tel qu'il s'est vraiment passé : 5 jours de pose, plus 1 jour de devis et d'approvisionnement, plus 3 heures de SAV en fin de mois — soit environ 50 heures au total. Bénéfice divisé par heures réelles : 100 € ÷ 50 h = 2 €/h. Pas votre taux horaire affiché, pas le « 35 €/h » du devis : ce que le chantier vous a réellement payé. C'est ce chiffre qui vous dit si vos prix sont bons, et c'est lui que les devis doivent protéger.
Fixer un devis rentable : la méthode du coût complet
Un devis rentable se construit à l'envers du réflexe habituel. On ne part pas du « prix du marché » pour espérer une marge : on additionne les charges, on ajoute le bénéfice visé, et on obtient le prix plancher en dessous duquel on refuse le chantier :
- Fournitures : chiffrées au devis fournisseur, avec 5-10 % de marge d'aléa (les coupes ratées existent) ;
- Main d'œuvre : heures estimées × votre taux horaire cible — en comptant les heures invisibles (devis, déplacements, SAV) ;
- Frais généraux : un pourcentage de vos frais annuels (assurance, véhicule, téléphone) réparti sur vos chantiers ;
- Cotisations : le pourcentage Urssaf appliqué au prix de vente ;
- Le reste doit être votre bénéfice — sinon le chantier vous coûte de l'argent.
Sur notre exemple, pour dégager 15 % de bénéfice, le même chantier devait être devisé à environ 3 600 € — ou réalisé avec 400 € de fournitures mieux négociées. Ce sont ces arbitrages, impossibles à faire sans chiffres, qui séparent l'artisan qui travaille de celui qui gagne.
MIC-RENTA fait ce calcul automatiquement sur chaque chantier : fournitures, heures pointées, cotisations à provisionner, taux horaire réel — en temps réel, sans tableur.
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